Espagne

Madrid vs Barcelone : le match en 10 rounds

Madrid vs Barcelone : le match en 10 rounds

Des sœurs ennemies… Mais non ! Deux visages de l’Espagne, tout simplement, chacune sa culture, sa dynamique, ses envolées. Et chacune sa fierté. D’un côté, Madrid, classe royale, de l’autre, Barcelone, turbulente Catalane. Quelle sera celle de votre prochain week-end ? Pour les départager, le match en dix rounds.

 

Ensemble, elles font l’Espagne et même un peu plus : son rayonnement, sa vitalité, son histoire, son art. Mais l’unité s’arrête ici. Madrid (6,5 millions d’habitants) est ville d’intérieur contemplant son territoire du haut de ses 657 mètres d’altitude, alors que Barcelone (5 millions d’habitants) prend la pose en bord de Méditerranée. La terrienne contre la maritime. La première, est à la tête de l’Espagne depuis le XIVème siècle, rayonne avec les Habsbourg, Charles Quint, les Bourbons et désormais avec Zinedine Zidane ; la seconde, rétive au pouvoir central depuis la nuit des temps, brille avec ses marchands, ses artistes (Gaudi, Picasso, Dali), son art de la fête, son bonheur d’être reine du pays catalan et Lionel Messi, star de son équipe de foot. Un signe raconte bien leur différence : Madrid est jumelée à Bordeaux alors que Barcelone l’est avec Montpellier et Perpignan. Entre les deux, 504 kilomètres pour faire la différence.

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Quand on arrive en ville

Voilà au moins un territoire sur lequel les deux belles jouent sur le même registre. Pas moins de sept compagnies aériennes assurent des vols directs entre Paris et Madrid (2h05). Autres liaisons sans escale au départ de Toulouse (1h20), Nantes (1h40), Bordeaux (1h20) et Lyon (1h50). Paris (1h45), Lyon (1h20) et Marseille (un seul vol quotidien, 1h05) sont en ligne directe avec Barcelone. Bordeaux et Nantes le sont avec escale. Noter que la compagnie nationale espagnole, Iberia, n’assure que des vols via Madrid… Arrivé dans l’une ou l’autre ville, le compteur du taxi qui conduit au centre affiche une trentaine d’euros.

En train, il faut entre dix et vingt heures pour rallier Paris à Madrid avec changement de convoi à la frontière. Ah, le fameux écartement des rails qui diffère entre France et Espagne... La capitale espagnole bénéficie évidemment de liaisons ferroviaires avec toutes les grandes villes de France, mais toujours avec au moins un changement de train. En revanche, pour se rendre à Barcelone, il existe un TGV qui néglige la question des rails. Depuis Paris, compter entre 5 et 9 heures de trajet, mais sans changement de convoi. Pour information, Perpignan est à 1h20 de la cité catalane.

Enfin, par la route, Madrid est à 1 275 kilomètres de Paris, 1 225 kilomètres de Lyon, 1 100 de Marseille et 725 kilomètres de Bordeaux. De son côté, Barcelone est à environ 1 000 kilomètres de Paris et 650 de Lyon, autant que de Bordeaux. Perpignan est à moins de 200 kilomètres.

Verdict : égalité

Plaza Mayor

Plaza Mayor (Madrid) - Farbregas Hareluya/Getty Images/iStockphoto

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Premier regard

Au moins les choses sont-elles claires dès les premiers pas. A Madrid, la noblesse des façades, les larges avenues tirées entre deux places géantes, les monuments prestigieux, les églises chargées d’or, le port altier des hidalgos…. Clairement, le style royal impose ses codes et ses belles manières, du service dû au royaume à la foi envers le ciel. De son côté, Barcelone joue les filles du sud. La Méditerranée dope les élans, les soirées qui n’en finissent pas autant que l’envie d’en rire, les tablées occupent les trottoirs et les ruelles tortueuses racontent la vie de mille villages. Résultat, on est assurément moins carré qu’en capitale, on laisse la porte ouverte à l’improvisation, au système D, à la fantaisie de chacun. Le conflit politique actuel, entre unité du pays et séparatisme catalan, est l’illustration la plus claire des divergences entre ces deux états d’esprit.

Verdict : avantage Barcelone

Casa Batlló

Casa Batlló (Barcelone) - Magi_Turmo/Getty Images/iStockphoto

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Dans de beaux draps

Serez-vous palace, boutique-hôtel, établissement de charme, hébergement dans un site historique, maison de famille ou grande enseigne internationale ? A votre aise, tous les styles hôteliers ont leur adresse à Madrid comme à Barcelone, signe de leur vitalité touristique. Noter que la tendance actuelle à Madrid consiste à ouvrir de nouvelles adresses, oui, mais en réhabilitant des bâtiments historiques. A Barcelone en revanche, plus de nouveaux projets. La municipalité estime la ville victime de sur-fréquentation. Elle freine donc les initiatives hôtelières et engage une forme de décroissance. Une démarche que certains aspirants au séjour jugent blessante.

Verdict : avantage Madrid

 

Porte à Madrid

Madrid - Salva Lopez

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Et qu’est-ce qu’on mange ?

La question est d’abord de savoir à quelle heure on mange. Inutile de se pointer au restaurant avant 22 heures, que ce soit à Madrid ou à Barcelone. La salle serait déserte. A l’inverse, pas de souci en cas de petite (ou grosse) faim à 2 heures du matin, toutes les tables sont ouvertes. Pic des animations autour de minuit. Quant à l’assiette, elle brille à Madrid (une vingtaine d’étoilés Michelin parmi lesquels un 3-étoiles) comme à Barcelone (24 étoilés dont deux 3-étoiles) grâce à des chefs inspirés. Les traditions gastronomiques madrilènes privilégient la cuisine de terroir, soupes, charcuteries, ragouts, fromages. Celles de Barcelone regardent du côté de la Méditerranée avec une multitude de recettes à base de poisson, de la sardine à la morue en passant par les crustacés. Surtout, le pays catalan est assez fier d’avoir adopté la paella, une composition riz et fruits de mer inventé à Valence, un peu plus au sud, ainsi que d’avoir abrité un génie des fourneaux, Ferran Adria (restaurant El Bulli, désormais fermé), longtemps considéré comme le créateur N°1 de la planète.

Enfin, retenir qu’à Madrid autant qu’à Barcelone, les tapas font la loi en préambule de tout passage à table. Ces bouchées de pain, garnies de sauce tomate, jambon cru, olives, fromage, etc., accompagnent le verre de blanc, rosé, rouge qui ouvre le palais. La gamme des vins d’Espagne se révèle magnifique. Blancs acidulés ou pierreux, rouges structurés autant que légers, le pays offre d’infinies références de qualité. Un dessert pour conclure ? Le churros s’impose : ce bâtonnet de pâte légère frite saupoudrée de sucre en poudre, se trempe dans du chocolat chaud. Léger ? Pas toujours, mais on en redemande…

Verdict : avantage Barcelone

Tapas

Restaurant de Tapas (Barcelone) - Iris Humm

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Mobilités urbaines

Douze lignes de métro et plus de 300 stations à Madrid (un superbe circuit touristique souterrain est proposé), également douze lignes mais 200 stations à Barcelone (elles ne ferment pas les nuits du vendredi et samedi), le métro reste un excellent moyen de se déplacer en ville. Le réseau de bus est également dense dans les deux villes, chacune affichant autour de 200 lignes.

Côté vélos en libre-service, pas de souci non plus. BiciMAD à Madrid avec une flotte électrique, Bicing (dont plusieurs centaines à assistance électrique) à Barcelone, ainsi que le plus modeste E Bicibox, assurent. Ces entités fonctionnent sur le même modèle que les services proposés en France : application à télécharger, 30 minutes souvent gratuites et coût modéré pour la suite. Enfin, voici COUP, le scooter électrique de Madrid, et Cooltra, celui de Barcelone, mais avec des flottes encore timidement développées.

Verdict : égalité

Rue de Madrid

Madrid - Salva Lopez

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Les muses des musées

Attention, exception. Musée Reina Sofia, le Prado, musée Thyssen-Bornemisza justifient à eux seuls le séjour à Madrid. Dans le premier, superbe bâtiment du XVIIIème siècle, se trouve Guernica de Picasso, aux côtés de Miro, Picabia, Goya, Tàpies et mille autres. Eblouissant. Le Prado expose les classiques, en fait, les collections royales rassemblées depuis Charles Quint. Au programme, Fra Angelico, Raphaël, Bosch, Goya, Bruegel, Velasquez, Rubens, El Greco… Un tourbillon d’exception ! Quant à la famille Thyssen, elle présente ici ses collections personnelles, quelques milliers de tableaux quand même, du Caravage à Rembrandt en passant par Braque, Léger, Picasso, Fragonard, Hopper, Matisse, Van Gogh, Hopper, Bacon, Freud, Dali, etc. Grandiose.

En face, Barcelone expose Picasso, son héros (il vécut ici). Plus de mille toiles léguées par le maître racontent sa vie et son évolution. Unique au monde. Voir aussi le musée d’Art, l’un des plus réputés d’Europe pour l’art catalan, l’art roman et l’art gothique.

Verdict : avantage Madrid

 

Musée Reina Sofia

Musée Reina Sofia (Madrid) - Cathrine Stukhard/LAIF-REA

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Par ici les sorties

Pas d’inquiétude, l’escapade bénéficiera d’un programme dense. Madrid multiplie les classiques, ces lieux où l’architecture altière raconte les ors du royaume et ses siècles de lumières. Petit tour obligé sur la Plaza Mayor, épicentre de la capitale, ainsi qu’à la Puerta del Sol, autre carrefour inévitable. Puis, impossible de ne pas pousser la porte de la cathédrale, à moins de préférer les dizaines d’églises de quartier, aussi modestes que touchantes. Chaque dimanche, la ferveur des habitants s’y manifeste avec force. Ajouter le parc du Retiro, le jardin botanique ainsi qu’une séance shopping dans le quartier de Salamanca.

A Barcelone en revanche, la carte se veut plus festive. Au moins grâce au délire (et au génie) architectural de Gaudi, en particulier la grandiose Sagrada Familia (sa basilique) éternellement inachevée, qui reste une construction d’exception. Tout comme le Park Güell décoré par le même Gaudi, avec délire et fantaisie. Dans le centre de la ville, baptisé Barrio Gotico, déambuler autour de la superbe cathédrale puis viser le palais de la Musique catalane, un joyau architectural dont la façade impose d’ouvrir des yeux ronds, puis filer le long des Ramblas, cette large avenue invariablement bondée mène du centre au port. C’est ici que se retrouvent les amateurs de tapas, les vendeurs de tout, le reste, patienter 5 minutes, ça vient, les musiciens en quête de prochaine gloire, les amateurs de terrasses animées et de restaurants à touristes, les candidats à la fête… Immanquable et à ne pas manquer.

Verdict : avantage Barcelone

Sagrada Família

La Sagrada Família (Barcelone) - alexsalcedo/Getty Images/iStockphoto

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Marcher jusqu’aux marchés

Direction le marché San Miguel de Madrid, à côté de la Plaza Mayor. Son originalité tient au fait qu’il conjugue des centaines d’étals de produits frais avec nombre de stands de cuisine qui permettent de déjeuner sur place. Aimable prévention, il est possible de tout goûter pour un euro, avant de commander. Ou pas. Dans un autre genre, relevons le marché aux puces du dimanche matin, le Rastro dans le quartier du même nom, un vaste fouillis (1 000 stands) plus vertueux par son ambiance et sa diversité que pour ses bonnes affaires.

La Boqueria est le plus grand marché de Barcelone. Sur 6 000 m², il accueille plus de 300 maraîchers, poissonniers, charcutiers, bouchers, fleuristes, etc. Idéal pour goûter quelques fines tranches de jambon belota, à savourer sur place. Les chineurs invétérés visent le marché dels Encants, une institution. Chaque jour d’ouverture (lundi, mercredi, vendredi et samedi) s’y déroule une originale vente aux enchères, sorte de loterie des bonnes affaires.

Verdict : avantage Madrid

Restaurant à Madrid

Table à Madrid - Gunnar Knechtel/LAIF-REA

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Etrange, comme c’est étrange…

Chaque premier mercredi du mois, à midi, étonnement garanti à Madrid avec la relève solennelle de la Garde royale. Fanfare appliquée, 400 hommes en grand uniforme qui marchent au pas, une centaine de chevaux harnachés d’or… Face au palais, l’apparat dû à Sa Majesté tient son rang. Une plus modeste relève a lieu chaque mercredi et samedi à 11 heures. Changement de décor en soirée dans le quartier des Lettras, autour de la place Santa Ana. Ici, Madrid l’austère montre qu’elle est aussi capable de folies à faire oublier la nuit. En profiter pour pousser les portes d’une boite de flamenco. La classe. Et puis, chaque printemps, la capitale vibre au rythme de ses corridas. Les arènes garnies de 25 000 afficionados, sont bondées. On peut toujours discuter mais ici, on est en terre de passionnés. Enfin, ne pas hésiter à s’installer sur les gradins du stade Santiago Barnabeu, l’antre du Real Madrid, le club de foot, au milieu de 80 000 spectateurs. Zidane est sur le banc, Varane et Benzema sur la pelouse. Dans le monde, on ne fait pas mieux. Sauf peut-être à Barcelone, au Camp Nou, 100 000 fans à chaque match pour encourager Griezmann et Messi ! Retenir que l’autre équipe de Madrid, l’Atletico, joue au stade Wanda Metropolitano, et que l’Espanyol de Barcelone occupe le stade Cornellà-El Prat.

Evidemment, la belle catalane adopte aussi le flamenco dès la nuit tombée dans certains bars du Barrio Gotico ou sur les Ramblas, même si elle préfère la sardane, une danse plus catalane. Côté corridas, ici, c’est fini. La région les interdit depuis plusieurs années. En revanche, à force de marcher dans cette ville à l’ambiance toujours caliente, on allait oublier que Barcelone est en bord de mer et qu’elle offre à ses visiteurs une très jolie plage, la Barceloneta. Allez, on savoure le bonheur de piquer une tête en pleine ville.

Verdict : avantage Barcelone

rues de Barcelone

Barcelone - Gunnar Knechtel/LAIF-REA

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Visons les environs

A 45 kilomètres de route, le petit village de Chinchon constitue une plaisante escapade au départ de Madrid. Resté dans son jus médiéval, il reste spectaculaire pour sa place centrale couverte de sable qui, à la belle saison, accueille des spectacles taurins. Entre deux, plaisir de s’installer en terrasse sous les arcades et de flâner dans les ruelles étroites d’un autre temps. Le peintre Goya adorait Chinchon et posait son chevalet sur la Plaza Mayor.

La citadelle de Montserrat surgit à une cinquantaine de kilomètres de Barcelone. Un vrai spectacle que ces pics rocheux tendus vers le ciel comme pour mieux protéger le monastère bénédictin qui fait sa réputation. Il abrite une vierge noire propre à alimenter toutes les ferveurs, ainsi qu’une bibliothèque riche de 300 000 volumes. Vue grandiose sur les environs. Barcelone tient sa colline inspirée.

Verdict : égalité

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographies de couverture

Monica Gumm/LAIF-REA & SALVA LOPEZ